Rivet-boulon du croiseur "Infernet"
Chaque année, les côtes vendéennes sont régulièrement confrontées à des tempêtes automnales ou hivernales, entraînant malheureusement de nombreux sinistres maritimes.
Le 16 novembre 1910, alors que la mer était agitée par des vents violents, un navire de guerre français déclassé, l’ex-croiseur Infernet, rompit ses amarres avec le vapeur qui le remorquait et vint s’échouer sur la côte de Sauveterre, à Olonne-sur-Mer.
Voici un extrait du Journal des Sables, publié dans l’édition du 20 novembre 1910 :
« La tempête qui a causé des ravages dans toute l'Europe centrale, en France notamment, par les inondations, n'a pas été sans se faire sentir sur nos côtes.
Une belle journée, samedi, pouvait nous faire espérer que le beau temps était enfin venu. Mais dimanche, un fort vent de S-O. s'éleva. La mer devint mauvaise et les barques de pêche qui étaient sorties durent relâcher en toute hâte.
Depuis la tempête n'a cessé de souffler. Le calme n'est revenu qu'hier, vendredi, et encore pour combien de jours ?
Les effets désastreux de la tempête se sont fait sentir. Mercredi matin, une sinistre nouvelle courrait en ville : un vapeur est à la côte ! Les autorités de la marine se transportèrent aussitôt sur les lieux et virent en effet un croiseur échoué aux Roches Noires, à cinq cents mètres à peine de la côte. C’était l’Infernet, croiseur de 3ème classe, déclassé et vendu par les domaines à une compagnie allemande.
II avait été pris en remorque samedi à Rochefort par le vapeur Herculess du port de Hambourg. Dans la nuit de mardi à mercredi, alors que le vent faisait rage, la remorque se rompit à diverses reprises.
Le vapeur Herculess dut finalement abandonner le croiseur et recueillit à son bord le capitaine Wosn et les cinq hommes de l'équipage du croiseur. Ce sauvetage fut plein de difficultés. L'Infernet s'en alla à la dérive pour échouer aux Roches Noires où il s'enlise. Il est considéré comme perdu. On sera obligé de le démolir sur place. [...] »
L’Infernet avait été construit à Bordeaux en 1896, appartenant à la classe d’Estrées, de type « croiseur protégé ». Affecté successivement à l’escadre du Nord puis à la division navale de l’océan Indien, il fut désarmé et déclassé en 1909 avant d’être vendu par les Domaines. Racheté par une compagnie allemande, il fut envisagé de le faire remorquer jusqu’à Stettin, en Allemagne.
Après avoir un temps imaginé de le désensabler et de le remettre en mer, la décision fut finalement prise de le démanteler entièrement sur place. Cette opération eut lieu entre décembre 1910 et janvier 1911, réalisée par des mécaniciens allemands assistés de manœuvres chaumois et olonnais. Le transport des pièces détachées dans la forêt d’Olonne s’effectua à l’aide d’une petite voie ferrée, avec des wagonnets tirés par un Decauville.
Durant l’hiver 2014, la puissance des vagues permit de redécouvrir des restes de la structure de l’Infernet. Lors de cette opération, un boulon-rivet fut retrouvé sur la plage par un promeneur, qui souhaita par la suite en faire don aux Archives municipales.
En raison de sa dangerosité, la carcasse de l’Infernet fut depuis retirée définitivement de la plage de Sauveterre.
Aujourd’hui, il ne subsiste du naufrage que quelques cartes postales anciennes, que vous pouvez retrouver dans l’onglet « Archives numérisées > Cartes postales, fonds Léo Leboucher » ainsi que dans le Journal des Sables numérisé de 1910 et 1911, dans la rubrique « Presse locale ».
