Information au sous-préfet Launois au sujet du télégramme adressé à Émile Zola par le maire Gautret en janvier 1898
Ce télégramme du maire des Sables-d’Olonne Fernand Gautret à l’attention d’Émile Zola intervient dans le cadre de l’affaire Dreyfus (1894-1906).
Affaire d’État sous la Troisième République devenue conflit social et politique, elle a profondément divisé la société française mais également mis en exergue ses clivages, révélant notamment un antisémitisme virulent en France et un revanchisme exacerbé envers l’Allemagne après la défaite de 1870. Alfred Dreyfus, officier français de confession juive accusé à tort d’espionnage au profit de l’Allemagne, est condamné à la peine maximale en 1894 pour intelligence avec une puissance étrangère, la dégradation militaire et de sa déportation perpétuelle au bagne sur l’île du Diable.
En 1898, après l’acquittement le 11 janvier de Ferdinand Walsin Esterhazy (le véritable coupable), la publication J’accuse… ! le 13 janvier par Émile Zola dans le journal L’Aurore ramène brutalement sur le devant de la scène publique ce qui est considéré aujourd’hui comme une des erreurs, voire machinations, judiciaires les plus tristement célèbres de l’histoire française. Adressée au président de la République Félix Faure (1841-1899), cette lettre ouverte relance l’affaire Dreyfus, l’intervention de Zola lui donnant une dimension politique qu’elle n’avait pas encore.
Suite à la publication de son mémorable article, Émile Zola (1840-1902), romancier célèbre dans le monde entier pour son œuvre littéraire dépeignant la vie sous le Second Empire, devient l’une des cibles privilégiées des anti-dreyfusards et reçoit nombre d’insultes, invectives et menaces. Son implication lui vaudra également un procès en diffamation.
Parmi les nombreuses lettres d’insultes reçues, compte donc le télégramme de Fernand Gautret datant de mars 1898.
Né le 5 janvier 1862 à Saint-Genis-de-Saintonge (Charente-Maritime), Jean Fernand Edmé Gautret est le 40e maire des Sables-d’Olonne, élu en 1896 sur une liste républicaine indépendante (plutôt à droite sur l’échiquier politique de l’époque). Également député de la Vendée depuis 1898, il est notoirement anti-dreyfusard.
Au cours de sa députation, il prend position contre l’impôt sur le revenu, soutient le projet de loi sur le vote des femmes et porte celui autorisant les femmes travaillant dans les grands magasins à s’asseoir. Il quitte la politique en 1902 pour s’investir dans les affaires coloniales. Il est nommé résident-maire de Tarrane, de Haïphong puis de Hanoï en 1903. Par la suite, il est gouverneur du territoire chinois (concédé à la France en 1899) de Kouang-Tchéou-Wan en 1906 puis de Guadeloupe avant d’être rappelé en France en 1910. Il décède le 1er août 1912 à Paris (18e arrondissement).
Alfred Dreyfus est à nouveau jugé par un conseil de guerre en août 1899 et condamné à 10 ans de détention. Il est gracié le 19 septembre 1899 par le président de la République Émile Loubet, Alfred Dreyfus est réhabilité par la Cour de Cassation le 12 juillet 1906. Il meurt le 12 juillet 1935.
