Correspondance entre deux frères armateurs négriers, 10 février 1792.
Au XVIIIe siècle, La Rochelle est l’un des grands ports du Royaume et la traite négrière est un commerce important pour son économie, la ville étant le 2e port du commerce triangulaire derrière celui de Nantes. De nombreuses familles d’armateurs et négociants prennent part au commerce d’esclaves africains, se constituant ainsi des patrimoines conséquents, telle que la famille Admyrauld.
Cette correspondance inédite de février 1792 permet de mettre en lumière les préoccupations des deux frères Élie Charles et Jean-Louis Admyrauld, notamment à propos de l’armement d’un de leurs navires dans le port des Sables-d’Olonne ainsi que de leur commerce de guinées (toiles de coton). Ce document original démontre par la même que le port des Sables-d’Olonne a participé, bien que de façon modeste, au commerce triangulaire.
Élie Admyrauld est né en 1764 et exerce le métier d’armateur à Nantes. Il serait décédé pendant les guerres de Vendée, combattant du côté des Républicains1.
Jean-Louis Admyrauld est né quant à lui le 29 mai 1760 à La Rochelle où il exerce dans un premier temps les métiers d’armateur et de négociant. Après la Révolution, il est nommé officier municipal puis devient maire de communes limitrophes. Homme politique d’envergure nationale, il a également exercé les fonctions de député et de préfet de la Charente-Maritime, jusqu’à son décès le 16 octobre 1835.
Ce sont tous deux les enfants de Pierre Gabriel Admyrauld (1723-1782), négociant-armateur et directeur de la Chambre de commerce de La Rochelle.
Vous trouverez ci-dessous la retranscription de la correspondance de Élie Admyrauld à son frère Louis. Compte tenu de la calligraphie et du vocabulaire utilisé, quelques mots et expressions sont restés indéchiffrables, n'hésitez pas à nous soumettre vos propositions !
« Il arriva hier ici deux Anglais venant de la Rochelle, mon cher ami, qui nous effrayèrent par le récit d’une émeute qu’il y a eu, nous ont-ils dit, à La Rochelle et dans laquelle la Gendarmerie nationale a dû être repoussée. Les lettres de la Rochelle reçues ce matin n’en parlent point, mon beau-frère en a une de toi dans laquelle il n’en ait pas question, j’espère donc que si cela est vrai c’est au moins bien peu de choses.
J’attends réponse à la lettre que t’écrit ma maison. Ce courrier [...] relativement à l’offre que nous y faisons à M. Allain de la place de second sur notre navire pour le Sénégal dont nous faisons l’armement aux Sables-d’Olonne où ce bâtiment se trouve, sous la condition que le dit M. Allain s’y transporte de suite, notre offre est de 100 francs par mois et d’une commission de 1/2 % sur le montant de la vente en France, conditions que je te […] afin qu’on […] que ma [...] ne soit pas parvenue […] les lui a faites après l’arrivée de celle-ci si comme je le crois, à M. Allain se trouvait à […] tu voudras bien lui envoyer de suite un express pour lui faire part de ces propositions, à lui dire que notre condition expresse est qu’il se rende de suite aux Sables d’Olonne, le moindre retard pouvant nous porter un grand préjudice.
Je ne sais que te dire de […] en total elle me semble néanmoins plus [...signée].
On nous a acheté des Guinées [20 louis or] à Lorient à 63 francs et 5 [...] 10 % et il a été vendu de beaux 16 à ce qu’[...] marqué 55 francs […] tu vois donc que ce que nous t’en avons acheté est très bien payé, cela me fait penser qu’il n’y aura pas eu moyen d’atteindre les limites de 61 francs que j’avais données pour tes 466 [...] je les [...] aujourd’hui à 60 francs, mais je ne désespère pas encore y parvenir.
M. Meier m’a paru avoir l’intention de quitter la France et de chercher à se placer en Angleterre, je n’ai pas voulu lui parler encore de ton offre parce que je ne pense pas que cela se doive avant qu’il soit entièrement déterminé qu’il veut quitter Nantes Mon beau frère a l’intention de le [...] mais si cela ne [...] de faire [...] tu peux compter que je lui ferais part de tes propositions et qu’il ne dépendrait pas de moi qu’il ne les acceptât parce que je crois bien que ce [...] bien ton affaire.
Ton [...] E. Admyrauld
Nous avons des nouvelles de notre petit [bourg], arrivé dans les premiers jours de septembre au vieux [Ambrie] après avoir inutilement cherché à traiter avec les Portugais Le Cap se trouvait là avec deux petits navires tout récemment arrivés et paraissait avoir espoir d’y traiter.
Ton [...] E. Admyrauld »
