Abjuration de la famille Collinet, 4 janvier 1686
En octobre 1685, le Roi de France, Louis XIV, décide de révoquer l’Édit de Nantes, proclamé presque un siècle auparavant par son grand-père Henri IV, le 13 avril 1598.
Cet édit avait initialement pour but de pacifier le royaume (en mettant fin aux guerres de religion qui l’avaient ravagé depuis plus de 30 ans) et d’assurer la tolérance de la pratique du culte huguenot. Cependant, cette pratique avait déjà été fortement restreinte par le pouvoir royal depuis le début du règne de Louis XIV. L’édit de Fontainebleau vient alors brutalement achever l’œuvre d’unification du royaume, sous la devise « une foi, une loi, un roi », affirmant la volonté d’imposer l’unité religieuse au nom du pouvoir absolu du souverain.
La révocation provoque par conséquent l’émigration de plus de 200 000 Huguenots hors des frontières françaises. Ceux-ci préfèrent fuir les persécutions et les conversions forcées au catholicisme, quitte à perdre une grande partie de leurs biens, plutôt que d’abjurer leur foi.
Malgré cela, certaines familles choisissent de rester et de se convertir au catholicisme. C’est le cas, par exemple, aux Sables-d’Olonne, où la famille paternelle du chroniqueur chaumois André Collinet se fait baptiser le 4 janvier 1686 en l’église Notre-Dame : « Devant nous prêtre soussigné se sont présentés aujourd’hui quatrième jour de janvier mil six cent quatre vingt-six M. André Collinet, Nathanaël Collinet, Jean Collinet et Magdelaine Collinet tous enfants d’honorable homme André collinet, bourgeois de La Chaume, et de dame Marie Péau leurs père et mère auxquels à leurs prières et réquisitions nous avons donné l’absolution de l’hérésie de Luther et de Calvin ayant pour cet effet les pouvoirs nécessaires de Monseigneur l’Évêque de Luçon, en présence de Jean Philippe prêtre habitué en notre église, de dame Françoise Du Croquet, témoins pour ce appelés lesquels se sont soussignés avec nous hors lesdits Jean et Magdelaine Collinet qui ont déclaré ne savoir signer. Du Croquet, curé. »
Plusieurs autres habitants font acte d’abjuration devant le curé des Sables ou de La Chaume, entre septembre 1685 et janvier 1686, tels Isaac Degeat, Charles Pertran, Magdelaine et Suzanne Balluet ou Jacques Goyau. Ces actes sont, dans de rares cas, explicitement retranscrits dans les registres paroissiaux. Pour d’autres, c’est la mention « nouveau ou nouvelle converti(e) » qui est inscrite dans l’acte d’inhumation du défunt, sans que la date de leur abjuration soit connue.
Au total, les registres paroissiaux des Sables et de La Chaume ont permis d’identifier les noms de 21 personnes ayant officiellement renoncé à la religion protestante lors de la révocation de l’Édit de Nantes.
